Je ne pouvais pas accepter l' offre d' Alexis ne pouvant vivre en face lui à " armes ' égales, trop affaiblie par la détresse physique, mentale et financière. On m' avait fait comprendre, lors de mon divorce que tout ce que j' étais devenue je le devais à mon époux Francis B. Je n' étais vue et appréciée que par le prisme de mon statut de femme mariée. Le pavillon s' était grâce à lui, le nom que je portais aussi, l' enfant que j' avais fait pour sa propre fille était le portrait craché de son père c' est ce qu' ils pensaient dans leurs pauvres petites têtes de beaufs et de péquenauds. Je n'étais plus rien pour eux tous dès que nous fûmes divorcés, tout a volé en éclat à partir de ce jour. D' ailleurs ma famille a continué à le recevoir tandis qu' elle me critiquait derrière mon dos aux tout-venants.
Je me suis jurée alors que quoi qu' il m' arrive dans la vie, je ne le devrai qu' à moi seule. Qu' il me restait assez de force pour me relever et qu' après je n' aurai plus qu' à rester debout vaille que vaille en m' accrochant à ce qu' il y avait encore en moi d' à peu près solide. Et c' est ce que j' ai fait mettant l' amour pour un homme de côté. Je venais de subir un choc affectif terrible sur le plan familial, prendre le risque sur le plan sentimental ce n' était pas envisageable, cela m' aurait tuée. Je n' avais été l' enfant de personne, la pièce rapportée dans une famille qui avait dû porter la honte de ma naissance. La seconde épouse d' un veuf éploré, bref jamais la première dans le coeur d' aucun être humain depuis ma triste naissance. Et la seule racine que j' étais parvenue à planter s 'était arrachée pour retourner vivre dans une famille normale. En me traînant dans la boue pour justifier sa décision, confortée par les deux smalas.
C' est pour toutes ces raisons que je n' ai pas répondu au courrier d' Alexis et que quelques mois plus tard je n' ai pas répondu non plus à l' invitation de Nathan qui proposait de m' emmener en Australie avec lui.
Mon misérable appartement ayant été mis en vente, et bien que ne faisant aucun cas de la propriété, je me suis amarée au 28 rue de Lévis en prenant un crédit sur 25 ans qui me fut accordé dans des conditions rocambolesques car je n' avais pas un sou vaillant et j' étais au chômage, il me fallut truquer au tippex le dossier du Crédit Foncier avec l' aide d' un couple d' amis que je venais d' aider en dépit de ma propre misère. Sans eux j' aurais été incapable de me battre administrativement avec le Crédit Foncier. Me restait plus après avoir obtenu le prêt, qu' à faire la Dame de Compagnie, en plus de quelques ménages et garde de jeunes adolescents dans le quartier, chez une famille des plus bourgeoises et une vieille Comtesse acariâtre, 3 années durant !
Bien sûr qu' à cette heure précise où j' écris ces lignes je me rends compte que j' ai zappé un trop grand nombres d' années sur ces choses essentielles qui font la vie sentimentale d' une femme. Mais j' ai vécu sur des courts laps de temps ce que bien des femmes ne connaîtront jamais tout au long de leur vie amoureuse. J' ai été capable d' amplifier ces moments et dans nourrir ma vie " d' anachorète " grâce à ces hommes que j' ai rencontré et que j' ai aimé, y compris ceux qui le furent d' amour platonique. Tous m' ont tirés par le haut et non essentiellement par le bas comme ce fut le cas pour bon nombre de mes copines qui se vantaient de s' être fait des tas de mecs, se croyant bêtement irrésistibles les nanas. Alors qu' un homme dès qu' il s' agit de s' envoyer en l' air avec une fille, peu lui importe, il prend tout ce qui l' aguiche de ce qui est à sa portée. ( Perso, jamais de toute mon existence, je n' ai été capable d' être dans le calcul de qui ou quoi que ce soit ! )
Amour platonique ou pas il y eut Christopher, Noureddine, Gérard, Alexis, Nathan, Gerhard, et Ralph, ces hommes ont vraiment comptés pour moi ! Tous avaient un point commun : c' était des hommes calmes, réservés, et certains d' entre eux des animaux à sang froid ! Très intellos pour la plupart. Ce qu' ils ont le plus aimé en moi c' est mon comportement envers eux dénué de tout jeu de séduction coutumier aux femmes en général, et j' étais de nature totalement désintéressée...
En fait élevée dans un monde particulier, je ne puisais mon esprit libre dans aucune source, aucune référence, aucun modèle. Et les hommes je les ai toujours regardé en tant qu' être humain avant tout, pas dans leur condition de mâle ! Et je viens de m' en rendre à quel point cela était vrai pas plus tard qu' hier en me rendant chez un pharmacien de mon quartier ( le mien étant en vacances ). En plein dans mes écrits, la tête un chouillat cérébralement chamboulée je me suis retrouvée face à un homme, un vrai ! Et non à un être humain. Un Monsieur très cool, très classe, d' un âge certain ! Et là j' ai perdu mes moyens ! Plus rien d' autre qu' une femme face à un homme resté séduisant. Comme quoi tout se tient bien là haut dans la tête...Je l' ai trouvé d' un coup si à mon goût cet homme. Alors que je le connaîs de vue depuis 40 ans !
Mais bon ! Faut que j' arrête de coucher sur le papier mes histoires d' amour, ça me donne, vu mon grand âge, de " mauvaises " idées.
Et puis mon Révérent m' attend dans le Pays d' à côté !!!