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Quelques années s' écoulèrent ainsi, vaille que vaille,  tandis que mes premiers copains et copines  se moquaient déja de moi dans la cour de l' école Place Lesur à Guise, en me disant que si je portais le nom de ma mère c' était que j' étais une bâtarde ! Car eux tous connaissaient et vivaient avec leurs Papa et Maman dont ils portaient le nom. Un vrai chagrin pour moi et déja quelques questions auxquelles ma famille, faite d' oncles et de tantes ( que ma naissance, hors mariage de mes géniteurs, couvrait de honte )   se gardait bien de répondre m' envoyant systématiquement et brutalement balader. C' est à partir de cette date que je m' interdis à jamais de poser des questions pour ne pas avoir à souffrir de me faire rembarrer et, par la suite, ne jamais mettre les gens à mon tour dans l' embarras comme je l' avais été et le fus si longtemps. Un vrai traumatisme ( et non de l' indifférence comme cela me fut parfois reproché ) ...Dissimulant mes pleurs de gamine humiliée le soir dans mon oreiller...." ! " Une Elizabeth ne pleure pas, me dit un jour ma Grand' Mère qui avait fini par s' en apercevoir, " tu portes le nom d' une reine. Et même de dix-sept reines en plus des Saintes et des Princesses ; à présent que tu sais lire va les compter dans le dictionnaire, je ne ments pas " !
 
Elle ne mentait pas en effet mais comme j' étais aussi ébahie que perplexe, elle me vétit chaudement et me traîna par la main avec fermeté de la rue de la Citadelle à la Place d' armes devant un magasin d' électro-ménager où il y avait un attroupement. Il faisait froid et gris, un vrai temps de chien malgré la saison, mais à l' intérieur de la vitrine " brillait " une télé, le seule que devait compter ma petite ville à l' époque. Et dans ce poste étrange, on ne disait pas encore télé, il y avait une reine qu' on était entrain de couronner et ma grand' mère me dit " tu vois elle s' appelle comme toi : Elizabeth, alors t' arrête de pleurnicher ! "
 


C' était un 2 juin 1953, j' avais 6 ans et je m' en souviens comme si c' était hier !
 

Dix-sept reines en plus de celle qu' on était entrain de couronner dans le poste s' appelaient comme moi. Enfin plutôt moi comme elles, dont la plus belle d' entre elles, qu' on prénommait Sissi ( elle ornait une vieille boîte  à biscuits offerte par Kitty, l' épouse autrichienne de mon Oncle Robert ) . Je n' avais donc plus à pleurer, j' avais le plus beau des prénoms ! Et dans ma classe, où pullulait les Martine, j' étais la seule à m' appelait ainsi, consolée par ma Grand' Mère, un coeur très simple mais plein de BON sens, qui m' éleva dans cet esprit  : je n' étais pas tout à fait comme les autres, c' est sûr, je n' avais pas de Père, ni de vrai nom et pas même un prénom à la mode,  mais il fallait que j' assume, que je fasse avec,  et même que je m' accroche à cette idée !
 
                                     Ce fut dit et ce qui fut fait tout au long de ma vie.
22 juin 2010
Elisabeth
belle-soeur de Moïse
 
Elizabeth
Mère de St-Jean-Baptiste
 
Elizabeth 1ère d' Angleterre
 
Elisabeth 1ère de Russie
 
Elisabeth Farnèse, Espagne
 
Elisabeth d' Autriche
 
Elizabeth Woodville, Angleterre
 
Elisabeth de Pologne
 
Elisabeth de Portugal
 
Elizabeth d' York
 
Elizabeth de Roumanie
 
Elizabeth de Luxembourg
 
Elizabeth Stuart, Bohème
 
Elizabeth de Belgique
 
Elisabeth de France
 
Elisabeth de Danemark
 
Elisabeth de Hesse
 
Elizabeth de Constantinople
J' en aurais terminé avec cette histoire en révélant quelques faits étonnants :
 
Queen Mum, mère de la Reine actuelle, morte à 104 ans, était née en août 1900,
le même mois et la même année que ma Grand' Mère !
 
Elizabeth II le même mois et la même année que ma mère, en 1926
 
Et le Prince Charles, futur roi d' Angleterre le même mois que moi à  2 jours et 1 an près !
 
Ca ne peut que créer des liens n' est-ce-pas ?! Je plaisante !!!
Une dizaine d' années plus tard, à l' âge ou tout adolescent est capable de mettre une maison à sac pour trouver des secrets de famille  ou autres - moi c' était mon identité - je mis enfin la main sur une pochette en cuir dissimulée dans une pile de draps au fin fond de la vieille armoire de famille ( dite de " Tante Adèle " ) et dans laquelle  je découvris  deux lettres  que mon père avait écrit à ma mère en 1947 pour la féliciter de ma naissance. Lui non plus ne savait pas écrire mon prénom, ce qui sur le coup me désola. Et en joker, en plus de ma fabuleuse et émouvante trouvaille, deux numéros de Paris-Match que j' avais tant feuilleté enfant quand ma Grand' mère les avait acheté  pour moi cette semaine de juin 1953,  histoire de me convaincre qu' une reine ce n' était pas n' importe qui ! Ce n' était pas de la dernière  mode peut-être mais ça faisait partie de l' Histoire celle qui est écrite avec un grand H dans les archives du Monde, c' était bien mieux que de porter  le prénom d' une actrice de cinéma.
 
Et puis, SURTOUT,  il y avait  un nom illisible et un numéro matricule sur le côté d' une de ces lettres jaunies, envoyées d' Extrème-Orient par un certain John que je m' empressai de glisser dans les pages du numéro spécial de Paris Match consacré  à la Queen Elizabeth II : trésors inestimables à protéger car fragilisés par le temps. Mes larmes de joie mélées de tristesse ce jour là, je les sens toujours m' embrouiller les yeux, couler sur ma joue grâce au pouvoir de ces deux prénoms réunis ! Celle d' un homme  mort jeune et depuis  si longtemps et celui d' une reine devenue vieille au bout de ce même temps, dont j' aurais pu être l' enfant.
 
Car il ne peut se dissoudre, s' assujetir ou disparaître à jamais lui le temps, il vit et se regénère, se perpétue  en nous ou autour de nous au moins jusqu' à notre mort, et parfois au delà pour laisser la place à d' autres vies où l' Histoire, la petite comme la grande s' inscriront naturellement dans la mémoire des Hommes qui, sans véritable racines, peuvent aller puiser à ses sources.
 
A cette heure une exaltation troublante m' envahit toujours n' ayant jamais eu comme attaches identitaires pour m' aider à grandir,  que ces deux  prénoms : celui d' un Père, longtemps inconnu, mais pourtant si présent en moi,  et celui d' une Reine dont le socle familial s' inscrit depuis des siècles  en lettres  pérennes et donc indélébiles.
 
Ce qui m' a toujours été et encore refusé , n' étant pour ma " famille " qu' un accident de leur propre histoire.
 
PS : " Ci-gira donc Elizabeth " seul verbe dont le futur n' existe pas. Ce qui n' est pas sans me ravir le présent étant éternel, tel qu' il est gravé dans le marbre sur les tombes des rois comme sur celle des manants.
Ce fut un jour de novembre 1947 qu' Elizabeth se maria et que je vins au monde
d' un père absent et d' une mère indifférente !
 
Ne sachant  trop quel prénom me donner, et ma santé de nouvelle-née étant très préoccupante, ma Grand' Mère,  me fit ondoyée en urgence sous un  royal prénom : celui de cette jeune Princesse
 
Elizabeth
 
Je le porte depuis comme un étendard à défaut d' être inscrite à l' état civil sous une identité légitime : celle de mon Père ! N' ayant jamais accepté celui de cette mère  à qui il importait peu de me prénommer et qui jamais ne fut capable d' écrire Elizabeth correctement. C' est dire le peu de cas qu' elle fit de ma naissance, ce qu' elle confirma sa vie entière après m' avoir abandonnée quelques jours plus tard à la charge de sa propre mère tel un paquet encombrant, pressée de repartir au plus vite à Paris jouer les femmes modernes et émancipées.