Il avait vraiment le goût des Autres mon Oncle MAU-MAU,
ce qui était en totale contradiction avec le peu de cas qu' il faisait de sa propre famille à commencer par celle qu' il avait construite. Sa fille n' a d' ailleurs jamais manqué de le souligner :
" mon Père était un grand homme mais un bien mauvais Père " mais comme je les ai connus assez bien tous les deux je peux me permettre d' affirmer qu' ils n' ont rien fait, en réalité pour se mériter l' un l' autre., Francine, dès l' adolescence s' étant construite en totale opposition à son père ! Ce qui a plus d' une fois embarassé autant le Père que le reste de notre famille. Mais c' était sa manière à elle de prendre sa revanche sur tout ce qu' il n' avait pas été capable de lui donner.
Suite à ce fameux coup de téléphone, je m'enquéris de savoir ce qu' était devenu mon oncle;
Pour cela je n' eus qu' à appeler l' un des responsables du château de Guise. C'est ainsi que j' appris son décés qui avait eu lieu deux ans plus tôt. Il avait choisi de mourir entouré de ceux qui étaient devenus les siens : les Gens de son Club, de sa Tribu, à mille lieues de sa fille unique...sans aucun membre du reste de la famille....
Mais ce qui me choqua le plus c' est de constater la négligence du Club du Vieux Manoir, ce Club qu' il avait fondé, qui ne prit pas la peine de prévenir, ne serait-ce qu' un seul membre de notre famille.
Lui qui aimait tant enterrer les autres...on nous dispensa de lui rendre cet honneur,
il le méritait pourtant.
Et je dis aux responsables du CVM de l' époque que ce fut profondément méprisant et injuste autant pour sa Fille que pour les DUTON qui l' ont aidé sans compter leur peine dès ses débuts et dans ses moments les plus difficiles et cela malgré leurs propres difficultés.
Mais peut-être Mau-Mau et Monique leur avait interdit. Je préfère penser cela pour leur accorder quelques excuses.
Il repose, je crois, à l' Abbaye Royale de Moncel, loin du Château de Guise qu' il avait non seulement aimé mais pour lequel il s' était battu contre vents et marées à commencer contre la Ville de Guise qui lui mit tout au début pas mal de bâtons dans les roues, suivi du Comte de Paris, Duc de Guise en sa qualité, qui n' éprouva jamais le moindre intérêt pour ce château. Et refusa même de l' aider !
Mais la dernière image de mon oncle Mau-Mau que je désire garder c' est cette toute premièrefois où la Grande Faucheuse a failli l' emporter. Au début des années 1960
Dans l' ancien hôpital de Guise, dans une chambre qui donnait sur cette fameuse rue Chanteraine, juste au bas de sa tour bien aimée. Il était là très amaigri et aussi livide que les draps du lit sur lequel il reposait.
Il était convaincu qu' il allait mourir.
Ma Grand' Mère m' avait sommé d' aller lui dire un dernier adieu dès la sortie de l' école pensant qu' il ne passerait pas la nuit. Il venait juste de recevoir l' extrème-onction des mains de l' Abbé Couterie. Pas sûre qu' à ce moment là il en eut été conscient car c' est peu dire qu'ils ne s' aimaient guère tous les deux, et mon oncle ne croyait en rien d' autre qu' en lui. Durant quelques minutes il parut sortir de sa torpeur et me reconnue. Me fit signe d' avancer au plus près de lui. Et me dit tout bas dans un souffle quelques mots mais surtout ceux-çi :
" je vais crever, je vais crever Zabeth, je vais crever....viens embrasser ton Oncle "
De toute ma vie de nièce " dévouée " ce sont les seuls mots affectueux qu' il me dit.