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Moisson ( Seine-et-Oise )
 
Jamboree de la Paix
 
du 9 au 20 août 1947
Baden Powel
Mau-Mau a été incontestablement influencé  très jeune par le mouvement crée par Baden Powel mais aussi par son Père qui était cinéaste aux armées.
Ce dernier  avait beaucoup bourlingué au cours des années 20 au Proche et Moyen-Orient et en particulier dans les sites archéologiques prestigieux de Syrie et du Liban, la France étant la puissance mandataire des Pays du Levant .
Momo a 10 ans et son frère ainé Roger
 

Il avait vraiment le goût des Autres mon Oncle MAU-MAU,
 



ce qui était en totale contradiction avec le peu de cas qu' il faisait de sa propre famille  à commencer par celle qu' il avait construite. Sa fille n' a d' ailleurs jamais manqué de le souligner :
" mon Père était un grand homme mais un bien mauvais Père " mais comme je les ai connus assez bien tous les deux je peux me permettre d' affirmer qu' ils n' ont rien fait, en réalité pour se mériter l' un l' autre., Francine, dès l' adolescence s' étant construite en totale opposition à son père ! Ce qui a plus d' une fois embarassé autant le Père que le reste de  notre famille. Mais c' était sa manière à elle de prendre sa revanche sur tout ce qu' il n' avait pas été capable de lui donner.
 
Suite à ce fameux coup de téléphone, je m'enquéris de savoir ce qu' était devenu mon oncle;
Pour cela je n' eus qu' à appeler l' un des responsables du château de Guise. C'est ainsi que j' appris son décés qui avait eu lieu deux ans plus tôt. Il avait choisi de mourir entouré de ceux qui étaient devenus les siens : les Gens de son Club, de sa Tribu, à mille lieues de sa fille unique...sans aucun membre du reste de la famille....
 
Mais ce qui me choqua le plus c' est de constater  la négligence du  Club du Vieux Manoir, ce Club qu' il avait fondé,  qui ne prit pas  la peine de prévenir, ne serait-ce qu' un seul membre de notre famille.
 

Lui qui aimait tant enterrer les autres...on nous dispensa de lui rendre cet honneur,
 
il le méritait pourtant.
 

Et je dis aux responsables du CVM de l' époque que ce fut profondément  méprisant et injuste  autant pour sa Fille que pour les DUTON qui l' ont aidé  sans compter leur peine dès ses débuts et dans ses moments les plus difficiles et cela malgré leurs propres difficultés.
 
Mais peut-être Mau-Mau et Monique  leur avait interdit. Je préfère penser cela pour leur accorder quelques excuses.
 
Il repose, je crois, à l' Abbaye Royale de Moncel, loin du Château de Guise qu' il avait non seulement aimé mais pour  lequel il s' était battu contre vents et marées à commencer contre  la Ville de Guise qui lui mit tout au début pas mal de bâtons dans les roues, suivi du Comte de Paris, Duc de Guise en sa qualité, qui n' éprouva jamais le moindre intérêt pour ce château. Et refusa même de l' aider !
 
Mais  la dernière image de mon oncle Mau-Mau que je désire garder c' est cette toute premièrefois où la Grande Faucheuse a failli l' emporter. Au début des années 1960
 

Dans l' ancien  hôpital de Guise, dans une chambre qui donnait sur cette fameuse rue Chanteraine, juste au bas de sa tour bien aimée. Il était là très amaigri et aussi livide  que les draps du lit sur lequel il reposait.
 
Il était convaincu qu' il allait mourir.
 
Ma Grand' Mère m' avait sommé d' aller lui dire un dernier adieu dès la sortie de l' école pensant qu' il ne passerait pas la nuit. Il venait juste de recevoir l' extrème-onction des mains de l' Abbé Couterie. Pas sûre qu' à ce moment là il en eut été conscient car c' est peu dire qu'ils ne s' aimaient guère tous les deux, et mon oncle ne croyait en rien d' autre qu' en lui.  Durant quelques minutes  il  parut sortir de sa torpeur et me reconnue. Me fit signe d' avancer au plus près de lui. Et me dit tout bas dans un souffle quelques mots  mais surtout ceux-çi :
 


" je vais crever, je vais crever Zabeth, je vais crever....viens embrasser ton Oncle  "
 



De toute ma vie de nièce " dévouée " ce sont les seuls mots affectueux qu' il me dit.
3/5
Il vivait tout seul à l' époque dans ce PC face à un crâne humain et quelques têtes réduites d' indiens Navarro qui me fascinaient. Je montais à présent le voir avec un peu plus d' enthousiasme appréciant ces nouveaux mais trop rares tête à tête qui lui permettaient de me raconter un peu de sa jeunesse : quand il jouait à porter les messages d' un réseau de résistants à l' autre, les deux mains dans les poches à l' âge 12 ans à peine, le Jamboree de Baden Powel auquel, jeune scout, il avait participé, ses passages dans les premières auberges de Jeunesse...
Au tout début des années 2000 j' appris par le plus grand des hasards la mort de Maurice DUTON fils, un message ayant été laissé sur mon répondeur téléphonique à Paris par le Président de l'Association des plus Jeunes Résistants de France qui, à ce titre, le recherchait. C 'est ainsi que cet homme me demanda si d' une part je connaissais bien Maurice DUTON et si d' autre part j' étais bien quelqu' un de sa famille proche.
 
Je me souviens lui avoir répondu " de sa famille proche ? disons en quelque sorte OUI... ".
 

Faisais-je en effet encore partie de la famille DUTON, une famille qui précisemment n' a aucun sens de la famille et je n' avais pas revu l' oncle Mau-Mau en question depuis le mois de novembre 1975, soit près de 30 ans plus tôt pour tomber sur un chiffre rond.  Car c' est aux alentours de cette date que Mau-Mau prit totale distance avec tout le reste de la famille une fois qu' il se fut installé dans une notoriété  nationale des plus confortables  entre le Château d' Argy et Paris, entouré d' une bonne centaine de nouvelles ruines.
 

On ne connut jamais la raison de cette exclusion, Monique DINE, sa " secrétaire " faisant barrage dès que nous essayions de contacter Monsieur DUTON ! Et pour tout dire Le bonhomme Mau-mau étant désormais protégé par ses bénéfiques subventions culturelles octroyées par le Ministre de la Culture de l' époque, André Malraux, je crois pouvoir assurer que cela n' a perturbé personne d' entre nous les autres Duton ; et lassés de tant de rejets nous avons fini par laisser tomber puisqu'Il ne " crevait " plus de faim depuis longtemps dans ses vieilles pierres.
 


Ni lui, ni sa femme, ni sa gosse, ni ses chiens !
 
 
D'ailleurs avait-il jamais vraiment eu faim malgré son extrème dénuement. Grand' mère Duton, sa mère, veillait au grain au pied du donjon, 16, rue de la Citadelle, d' où les incessants  AR au château avec nos sacs de provisions déposés page précédente.
 

Car le Mau-Mau, quoi que j' en pense sur le plan privé , s' est battu pied à pied et pierre après pierre pour sauver ce château. Et les cinq premières années  avec quelques copains qu' il pouvait compter à peine sur les doigts de ses deux mains. Mains qui ne se sont guère coltinées les brouettés de terre ( transportée à l' époque dans de vieux landeaux d' enfant ).
 

Mais il savait comme personne faire bosser les autres, une âme de chef, il avait le Mau-Mau !
 

Quant au quotidien de la vie c'est en ce sens qu' il galérait le plus. Il avait dû abandonner son boulot chez Godin et n' avait aucun revenu ce qui fait que les gens de la ville le prenaient pour un fou.  J' ignore si Francine sa fille s' en souvient, elle ne devait avoir que deux ou trois ans à l' époque mais durant les premiers mois de son installation effective au château  il avait dû aménager pour sa femme et son enfant une sorte de lieu de vie pour les abriter ( bric à brac de planches sur une vingtaine de M2, entre les deux murs d' un souterrain,  pour se protéger du froid et de l' humidité ) juste à l' entrée de l' actuel musée. Ma toute petite cousine avait pour lit une caisse ( emballage d' un frigo donné par le magasin Brémard, pas le frigo donné, je précise bien l' emballage en bois grossier ; d' ailleurs, côté frigo,   il n' y avait pas encore l' électricité et il se les gelait assez par ailleurs dans ce fameux souterrain éclairé d' une simple lampe torche et d' un dérisoire chauffage au gaz.
 
Quelques 10 ans plus tard, en instance de divorce, il laissa quelques temps à sa future ex-épouse le petit chalet super sympa qu' il avait construit dans la première cour,  pour aller s' installer quelques mois, le temps de la procédure,  au-dessus de ce même musée qu' il nomma son PC.
 
Ces huit premières années furent sans aucun doute les plus dures et pénibles  de sa vie de
 

"  Seigneur du Château "
       Maurice Duton
                 and co...