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Copyrigth@2011
Place de la Poterne 19 Octobre 1939
 
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15 novembre 2011
A la mort de notre Grand' Mère en 1986, nous apprîmes  à notre grande stupéfaction, et grâce aux témoignages écrits trouvés dans de vieux papiers, qu' il ne sagissait pas d' un char de l' Armée allemande comme nous l' avait toujours affimé " Mémère Duton " mais d' un camion militaire français !
 

Ah, les fameux secrets de famille et autres refus d' admettre certaines réalités trop douloureuses !
Mais est-on en droit de coller pareil drame sur le dos de l' Ennemi  même si en le rendant ainsi responsable le chagrin d' une mère peut s' en trouver  un peu moins lourd à porter.
 
Ce n' est pas à moi d' en juger.
Sur le Monument aux Morts de la Ville de Guise, tandis que la République tient serrée contre elle un enfant de l' âge du petit Pierre  tous les noms des Guisards, victimes civiles ou militaires durant les deux guerres, sont inscrits.
 
Seul celui de Pierre DUTON n' a jamais été gravé.
 
Erreur ( venant de sa Mère ) : Il a bien été gravé dans les victimes civiles.
 
rectifié le 10 nov. 2016
Ma Grand' Mère a croisé le fer des années durant avec les Autorités françaises pour faire reconnaître son Fils comme Victime de Guerre, ce qui lui a toujours été refusé.
 
La cause :
 
l' enfant n' avait pas l' âge requis - 10 ans - le jour où il a été tué !
L' innocente victime,
au terrestre séjour
n' a vu que cinq printemps
que lui offrit le jour
 
Rien n' est resté de lui qu' un nom,
un vain nuage
 
Adieu fragile enfant
échappé d' une main
 
Adieu de la maison, où jamais tu revins
 
Nul n' oubliera jamais
Petit Pierre plein d' entrain
            
 
                 A C
Maurice Duton, dit Mau-Mau, qui à l' âge de 11 ans a vu son petit frère mourir écrasé par les roues d' un char sous ses yeux, n' a jamais parlé à quiconque de toute sa vie de ce moment terrible qu' il avait vécu.
Pourtant les visites au cimetière où ma Grand' Mère m' emmenait de temps à autre le dimanche en fin d' après-midi, n' étaient jamais tristes bien au contraire. Elle m' y parlait du côté si joyeux  du petit Pierre, son dernier enfant,  et de sa vivacité d' esprit. Mais aussi de la vie des Guisards qu' elle avait connu et qui étaient enterrés là. Elle m' en parlait d' une manière aussi  sereine qu' imagée. C' était sa manière à elle de faire revivre les gens, ses Amis, tandis que nous faisions toutes les deux , bras dessus bras dessous, le tour du cimetière.
A près notre visite coutumière aux  Royaume des Disparus j' avais droit sur le chemin du retour à un bon gros gâteau de mon choix  acheté, non pas dans notre boulangerie habituelle mais Chez Buridant, le pâtissier  à l' enseigne prestigieuse renommée à des kilomètres à la ronde. Et enfin pour clore cette journée, j' avais droit aussi à une séance de cinéma à l' Eldorado.
 
                          J' étais ravie, vraiment ravie de cette journée.
 
Pour en revenir et en terminer  avec la Guerre et la mort vécu du côté DUTON , ce fut l'  accident mortel  de Pierrot, le dernier né, l' engagement dans la Résistance du Père de cet enfant (Grand' Père DUTON ) ainsi que celui de ses trois fils : Robert, Roger et Mau-Mau ( celui qui tenait le 19 octobre 1939 la main de son frère cadet ).
Mais aussi  l' embarquement dans les locaux de la Gestapo de St-Quentin pour y être torturé,de Robert-Alexandre, le premier né des six enfants, qui revint plus tard du camp de Buckenwald l' esprit à demi absent .
 
Grâce à la magie des réseaux sociaux j' ai fini par retrouver la fille unique de Robert, repartie après la Guerre en Autriche avec sa mère ( Juive allemande ). Jeune femme que mon Oncle Robert avait connu dans l' un des camps de concentration où il avait été enfermé. Je n' ai qu' un vague souvenir  de cette Tante et de ma Cousine Christiane que je n' ai jamais revu depuis 'l' année 1950, je reviendrai sur l' épisode de leur départ qui m' a beaucoup marquée.
 
Voici la contribution que ma famille maternelle a apporté à ce dernier conflit. Certains Français se demandent à cette heure comment ils auraient réagi face à l' occupant.
Cette question, compte tenu de l' héritage moral  que la famille DUTON m' a légué, ne m' a jamais effleuré l' esprit !
Pierre DUTON
 
Victime de Guerre 
 

Décédé le 19 octobre 1939 alors qu' il venait de lâcher la main de son frère  pour courir derrière un char qui manoeuvrait en contre-bas de la Place de la Poterne.
Char  " allemand " qui l' a écrasé en faisant marche arrière.
 
Je revois encore les derniers petits vêtements que Pierrot avait porté ce jour là, rangés précieusement au bas de cette armoire en chêne massif plusieurs fois séculaire. Vénérable meuble et seul héritage de la riche et redoutable Tante Adèle, qu' il m' était formellement interdit d' ouvrir ce que je fis pourtant un jour intriguée par le lourd secret qu' il semblait contenir. Je devais avoir 5 ou 6 ans, l' âge auquel  était mort cet enfant qui aurait dû devenir mon oncle.
 
Je revois la souffrance indicible de ma Grand'Mère, la gravité de son visage à cet instant précis,  elle qui était si gaie. Mais surtout je ressent toujours la douceur inhabituelle qu' elle mit pour me reprendre des mains la chemise et le petit costume en lainage de l' enfant.
Je revois la photo de Pierrot sur la cheminée...
 
Pierre Duton fut mon premier contact avec la mort.
   Guise 1939 - 1945
 
          un 19 octobre