Je tiens enfin à peu près correctement sur mes jambes, j' ai 3 ans
Ci dessus et dessous mon quartier
C'est ici, au 16-18 de la très vénérable Rue de la Citadelle que j' ai été en grande partie élevée .Les deux bâtiments appartiennent, depuis le 18ième siècle, à l' Evêché de Soissons et servent depuis toujours aux activités paroissiales ou associatives. Certains vieux enfants de mon âge se souviennent sans doute de leur 1ère opération en rangs serrés comme à l' armée et sans trop broncher malgré pas mal de hurlements alentour et autres appréhensions justifiées de gosses de 3 à 5 ans terrorisés par ce qui les attendait. Redoutable en effet cette opération à la gorge, dite ablation des Amygdales et des Végétations, fort en vogue à l' époque et à laquelle aucun gamin ne pouvait échapper ( milieu des années 50 ). Une horreur ! Une sorte de boucherie pour bambins organisée à la chaîne... Mon premier contact avec le sang !!! Le mien et celui des autres maculant les chairs épouvantées. Sang que je revois encore partir s' évanouir en tâches sur le sol. Nous n' étions pas même endormis ! Juste localement anesthésiés.
L' Ouvroir, le Foyer, Rue de la Citadelle( anciennement le 16-18 )
Un des plus vieux bâtiment de Guise encore debout de façon très honorable après toutes ces guerres. En fait il s' agit de l' ancien Hôtel des Fermiers Généraux construit en 1593. Au dos de l' édifice une large et profonde entaille sur toute sa hauteur a-t-elle été causée par le tremblement de terre qui, peu de temps après sa construction, l' ébranla. Je pense être l' une des rares Guisardes à savoir qu' un jour un séisme de magnétude non enregistrée est venu secoué le patelin. Mais suffisament peu pour que cela marque à tout jamais les esprits. Je l' ai appris dans un des livres anciens de la bibliothèque du Presbytère à mon grand étonnement.
NB : A propos des angines, il est vrai que jusqu' à ce jour je n' en ai souffert d' aucune ! A propos des fameux glaçons ces derniers étaient infiniment plus sympas à mettre dans nos verres que ceux qu' on nous collait autour du cou dans les années 50 !!!
L' affaire exécutée, les parents nous ramenaient dans leurs bras, dare dare à la maison.
Avec, pour consolante récompense, la certitude d' être au moins dorlotés pour le reste de la journée, des sachets de glaçons placés sur la gorge fournis par le Café-Tabac du quartier, les frigos n' étant pas encore à la mode, eux, chez les particuliers désargentés pour la plupart.
.Et ce goût de sang persistant des jours au fond de la gorge.
Jamais je ne pourrai l' oublier !
Oui, lisez bien, je n' exagère presque pas :
cette coutume barbare organisée annuellement par toubibs et parents, de sournoise connivence, et destinée à nous éviter à vie les angines *, se passait ici en ce lieu, dans une petite salle étroite du rez-de-chaussée qui devint " bar " par la suite sous le règne de l' Abbé Couterie...Cette fameuse pièce dite de torture pour tous les gosses qui y ont eté traumatisés, servit par la suite aux Equipes sociales, aux Scouts et autres visiteurs de passage dans les années 60-65. J' y ai vu rarement quelque chose à boire.
Mais bon, durant un certain temps ce fut un bar à grenadine et autre Orangina * après avoir été une salle d' opération improvisée pour enfants de Pauvres...
Guise, ville naturellement frondeuse et résistante, et nécessité oblige, savait, à l' époque, faire feu de tout bois !
16-18 rue de la Citadelle :
l' Ouvroir et le Presbytère
( au fond, photo de gauche, sur le mur en retrait on peut apercevoir l' une des fenêtres donnant sur la " Salle " des Tortures pour...bambins ! )
Soeur Louise....
..Ou Soeur de St-Vincent-de-Paul, personnalité locale bien connue et très appréciée de la plupart des Guisards. Combien d' enfants a-t-elle mis au monde dans la maternité ci-dessus et combien de piqûres est-elle venue faire dans les fesses de l' Abbé Henri Couterie ( son curé préféré ) et pas que dans ses fesses à lui ! Elle adorait ça faire des piqûres ( et poser des ventouses )en faisant rougir les Bonhommes, douillets comme on sait, et surtout tellement plus gênés qu' elle. Soeur Louise et sa 2CV, un vrai numéro, pour ceux qui l' ont connu et qui ne l' oublieront jamais.
Je n' irai pas jusqu' à affirmer que ma ville bien-aimée aurait pu, avec davantage d' imagination et , à coup sûr, moins de démolitions pour cause de guerres, se la jouer façon Brugges ou Venise ! Mais, en ce qui me concerne, est-ce à cause de mon empreinte zodiacale ( scorpion ascendant scorpion,signe d' eau) ou de mon lieu de naissance, je ne saurais aller planter ma tente dans un pays dépourvu de courants d' eau que ceux-ci soient doux ou salés, paisibles ou agités. Mon lointain mais court et insupportable séjour en plein coeur de la Beauce où seules subsistaient quelques tristounettes mares à canards me l' a prouvé.
Non seulement encerclée par l' eau la ville porte on ne peut mieux son nom dérivé de celui de son origine : Gué sur Ize ( izarra ) ; il suffit pour s' en convaincre d' ôter toutes les constructions de la petite cité pour s' apercevoir que l' Oise, d' humeur aussi vagabonde que primesautière, a crée une multitude d' ilôts sur lesquels la ville s' est construite laissant libre cours total à ce... cours d' eau. Rivière qui s' en va sourdre ( pas toujours tranquille parceque nantie de son droit d' aînesse ) jusque sous les maisons de cette rue baptisée du nom de notre cher Camille.
Combien de baby-boomers guisards sont-ils nés dans l' hôpital ci-dessous, rue Chantraine ?
Si bien nommée au Moyen-Age, les crapauds et autres grenouilles, appelées en vieux français raines ou rainettes, s' y égosillant à coeur-joie à la saison des amours dans les douves du Château-fort
( Chantent raines, chant'raine ) *
* " ...On y entendait dans les soirées d' été que la crecelle des raines dans les eaux des fossés..."
( Tristan le Voyageur )
GUISE 3085 habitants en 1793,
8153 habitants cent ans plus tard,
6041 en 1947 bébé Elizabeth comprise dedans !
Hélas depuis mon départ, et celui de tous mes Copains Baby-Boomers au cœur des années 1960, la ville a perdu près d' un millier d' habitants !
Entamant ainsi, à ma grande déception ( ....) un long et inévitable déclin dans bien des domaines. Ce qui, pour certains d' entre eux auraient pu être évité !
Guise : Années d' après Guerre...S