Odette m' a laissé un bout de papier dans la boîte aux lettres, lasse sans doute de ne pouvoir me joindre au téléphone. Elle y parle d' urgence d' une très grande importance et veut passer ce soir.
Ainsi vont les gens !
Elle, mais aussi Maryse et quelques autres, pour qui je redeviens soudain quelqu' un d' appréciable parce qu' elles sont dans le besoin alors que je n' ai pas entendu parler d' elles depuis des mois.
Mais aujourd' hui pas question d' ouvrir ma porte à qui que ce soit ! Plus question de tendre la main. Plus question de me dépouiller de 70 euros que je n' ai même pas. Plus question de traverser Paris pour m' entendre demander " Elizabeth trouves-moi vite un avocat ! " etc.
Pas question, plus question, hors de question !
Me reste à peine quelques euros pour aller jusqu' à la fin du mois. Quant à mes avocats je me suis bien gardée de les importuner quand je travaillais pour eux et que j' étais dans la pire des peines pour mon compte personnel. Je n' ai jamais su demander. Et qui ne demande rien n' a rien ! Même si ton entourage ne l' ignore pas. Mais cette attitude me convient fort bien. Impossible pour moi de me mettre en état de subordination dès qu' il s' agit d' argent. Trop tard pour apprendre ce que je répugne à faire ! Et, après tout, j' ai toujours mes deux bras et ma tête pour bosser quand besoin est ainsi que ma carte de crédit dans le pire des cas.
Aider les gens, je précise juste " ces gens là " qui pensent au fond d' eux-mêmes qu' ils peuvent bien revenir à la charge, que tu as forcément les moyens de les aider puisque " ignorant " que tes élans de générosité ne sont que gestes spontanés, naturels, parceque chez toi l' empathie est innée.
Mais désormais c' est fini, terminé tout ça !
Plus question de me mettre dans l' embarras, en les faisant passer en premier devant moi, devant mes propres difficultés.
D' ailleurs ce midi c' est repas lentilles. Ca tombe bien ! Même sans beurre et sans viande j' adore les lentilles. J' en ai fait cuire hier pour les jours à venir. Je peux vivre aisément plusieurs semaines sur mes réserves de graisse vu le poids que les médocs anti douleur m' ont collé ces derniers mois. Qui n' ont d' ailleurs servi à rien. Donc tout à la poubelle avec le smartphone.
Et en fin de journée, une fois le soleil couché, j' essaierai de me traîner jusqu' aux Champs-Elysées avec Viggo. J' habite la ville la plus belle du monde et tous les dieux réunis savent oh combien j' en ai vu de jolies villes. Le tout, lors de mes balades, étant de faire abstraction de tous ces Parisiens qui y empoisonnent l' atmosphère. A pleurnicher tous en coeur parce que demain sera lundi, jour honni des travailleurs qui ont la chance d' avoir un job mais qui ne le savent pas ! Ne pas les entendre bêler " quel temps superbe, le soleil est de retour, pouvu que ça dure " etc !!!
Le soleil, le soleil, le soleil encore et toujours ces histoires de soleil. Qu' un jour, pas si lointain, ils finiront pas honnir pour cause de réchauffement de la planète et parce qu' on leur rabâchera alors la nocivité dans les médias. La mode du soleil, et de ses méfaits devenus, ayant changé de camp.
Pour moi ces futlités quotidiennes d' histoire de beau et mauvais temps lancées par des esprits ultra formatés par la Civilisation des Loisirs ( ....) je fais tout pour les éviter. Le temps, disons minuscule, c' est comme l' air que je respire, je n' en fais aucun cas.
Le TEMPS majuscule me paraît plus digne d' intérêt.
Paris, dimanche 18 mai - 10 h 21