C' était du temps où il y en avait un . Ce temps où la musique n' était pas encore devenu un produit marchand mais une expression venue de la rue dont il portait l' âme. Et cette dame qui s' appelait Yvette Horner l' a si bien incarné en apportant de la joie et du bonheur dès le sortir de la guerre, permettant des rencontres à l' époque ou l' individualisme forcené ne sévissait pas encore. Cette époque où l' on dansait en couple, où l' on chantait seul ou en groupe des mélodies en français L' accordéon était assez facile à transporter n' importe où y compris le jour d' un mariage des plus modestes comme celui de mes oncle et tante : Pierre et Arlette. Sa musique populaire réjouissait et même parfois aidait ceux qui l' entendaient. Disons que cette génération le pensait ! Je suis née dans la suivante, l' année même où Madame Horner commis son premier bal musette à Paris.
Une femme me portait cette année là. A Paris précisément. Avait-elle guinché au cours d' un de ces bals dans les bras d' un bel et grand officier en permission. Reparti un soir au combat, toutes les guerres n' étant pas terminées, dans l' un de ces bourbiers d' Extrême-Orient dont il ne revint jamais. S' était-elle laissée envahir par un espoir de plus en plus désespéré au fil des mois ?
En l' attendant. En se remémorant les tendres moments partagés avec lui sur les valses musette. Et surtout en pleurant !
Il est dit qu' un bébé perçoit la musique dans le ventre de sa mère et sans aucun doute l' émotion qu' elle procure à cette dernière qui ne devait pas être apaisante, loin de là, vu les circonstances. M' a-t-elle transmis - la future mère en question - cette étrange réminiscence qui fait que je ne supporte pas l' accordéon. Cela me plonge dans des abîmes insondables de tristesse mélée d' angoisse. La gorge étrangement serrée lors de mes rares participations aux bals populaires ! Je suis capable de tout encaisser côté sons, sauf l' accordéon.
Aussi comment aurais-je pu apprécier Yvette Horner, son look ringard outrancier, sa bouche de travers et la vulgarité de la tonalité criarde de son accordéon ( encore à l' heure où j' écris ces lignes j' ai recherché une photo d' elle pas trop moche pour accompagner le texte ). Pourtant un jour elle m' a sidérée en interprétant avec son piano à bretelles un morceau de Classique, et j' ai découvert qu' il fallait un sacré talent pour manier cet instrument avec une telle virtuosité ! J' ai eu honte ce jour là de n' avoir pas été capable de l' apprécier à sa juste valeur. Elle, mais aussi les Aimable, Verchuren, Jo Privat, Marcel Azzola je ne les affectionner pas, ils n'e pouvaient faire partie de mon univers musical. Pour autant je ne me suis jamais moquée de ces artistes comme tous ces snobinards branchés se plaisent tant à le faire. Il en faut pour tous les goûts et bienheureux sont ceux que l' accordéon a rendu euphoriques dans les temps difficiles d' après-guerre.
C' est à ce titre qu' elle est une grande dame appartenant à cette Culture dite populaire, l' accordéon, qu' on l' aime ou pas, faisant partie de notre patrimoine. C' est si vrai que pour illustrer des films sur Paris ou la Province, notamment à l' étranger , c' est souvent dans l' accordéon-musette d' il y a plus d' un demi siècle , que certains metteurs en scène vont encore piocher cette couleur musicale adaptée. Cliché peut-être mais volet d' authenticité d' une époque bien précise.
Ce soir pourtant, pas plus qu' hier ou avant-hier, je ne serai pas capable d' écouter de l' accordéon, si ce n' est noyé par d' autres instruments ! Moi qui aime tant la musique, presque toutes les musiques, mis à part ce piano qualifié de pauvre et le non moins boogie -boogie jazzeux qui m' horripile presque autant.
C' est physique, impossible, je ne supporte pas !
Après m' être longtemps posé la question du-pourquoi-du-comment de mon aversion, J' ai appris récemment que cette femme, qui a dû me mettre au monde, adorait ces deux musiques . Celles qu' on jouait sur les places Publiques où dans les caves de St-Germain des Près dans ces années de paix et de liberté retrouvées.
Honneur à vous Madame Horner qui avez si bien réjoui vos nombreux fans, y compris lors des Tours de France. Merci pour eux Yvette, de tout coeur en ce jour. A l' unisson ! Mais à défaut de ne pouvoir vous écouter plus de 40 secondes d' affilée je viens d' écrire ces quelques lignes juste pour vous rendre l' hommage que vous méritez !